Wednesday, October 18, 2006

De l'amitié en Amérique-

J'ai lu que les Américains, pour faire connaissance, étaient adeptes de la petite conversation, celle qui permet de voir si on a des points communs ou pas avec son interlocuteur, et qui a l'air de meubler comme ça. Pour nous elle permet de boucher les trous, pour eux c'est un préliminaire à un amitié plus profonde. Autrement dit, si tu n'as pas passé l'examen des points communs, tu es recalé en tant que pote, félicitations!

Je comprends maintenant pourquoi mon buddy checke ses textos à table et ne me répond que par monosyllabes ou politesses d'usage : il aime les voitures, moi je n'ai même pas mon permis, donc ça coince pour lui, et il est inutile de poursuivre plus loin l'investigation de ma personne. Je n'aime pas les mêmes choses, je ne suis donc pas intéressante pour lui en tant qu'amie potentielle.

Ca me fait penser à mes plus grands amis du lycée, Sophie qui aime le bateau, à Erwann et ses voitures, Elo et sa diplomatie, Philou et le kungfu, Charles et son amour de l'escalade, Julien étudiant en chirurgie dentaire. Les personnes dont je me sens le plus proche à Audencia, même combat : un amateur de hard-rock et de rhum, une marathonnienne, un escrimeur, un arrondisseur d'angles, une végétarienne écolo, une romantique indécrottable et une passionnée du bois. J'aime les steaks tartares, le foie de veau rosé, le coca light, avoir 150 personnes chez moi, je me pâme devant Arthur H et Debout sur le Zinc et les chansons de Barbara ont un effet soporifique sur moi. Rien que d'entendre parler de mer me donne envie de hurler à la mort, et j'ai trop le vertige pour apprécier l'escalade. Mais ça m'empêche pas de les aimer.

On a quand même une autre notion de l'amitié qu'eux. Ils privilégient les points communs, là où nous ce serait plutôt la relation en elle-même, la façon dont les gens nous font rire, nous écoutent, ou réussissent à nous intéresser à leurs passions. Peu importe qu'un mec fasse de la voile s'il est sympa. Pour eux si le mec fait de la voile et eux du parapente, il peut être le plus syma du monde, leur amitié ne se construira pas sur un champ de références communes.

Le deuxième truc chez eux, que j'ai lu, c'est qu'il était normal d'appréhender les problèmes de façon directe, et d'être assez francs; Ainsi ce matin, lors de la téléconférence hebdomadaire avec les étudiants finlandais de notre cours de world marketing (comment réussir à pénétrer un marché quand on est américain et le maître du monde, et que le monde c'est tous des jaloux), les étudiants Américains posaient des questions très directes, qui auraient pu être mal prises, comme : "Que faites-vous pour combattre le stéréotype du "Finlandais silencieux?" (première question). Je comprends mieux pourquoi ma coloc m'a annoncé de but en blanc qu'elle n'avait pas confiance en moi.

C'est une question de culture, nous tournons beaucoup plus autour du pot pour faire les choses, nous arrondissons les angles.

Je commence à comprendre pourquoi on a du mal à tisser des liens privilégiés ici : ils ont tout de même une autre notion de l'amitié, et d'autres codes... Finalement les Chinois ne sont pas beaucoup plus saugrenus...

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